La période idéale pour détruire un nid de chenilles processionnaires dépend d’une seule variable : l’espèce de l’arbre concerné. Sur un pin, l’intervention se planifie entre septembre et février. Sur un chêne, la fenêtre s’ouvre entre avril et juillet. Agir en dehors de ces périodes, c’est soit traiter des chenilles qui n’existent pas encore, soit disperser des milliers de poils urticants dans l’air sans résoudre le problème.
🌿 L’essentiel à retenir
Deux calendriers opposés
La bonne période sur pin est la mauvaise sur chêne : identifier l’espèce avant toute action.
Nid vide, danger réel
Les poils urticants restent actifs jusqu’à 2 à 3 ans après le passage des chenilles.
Protection obligatoire
Masque facial complet, gants en caoutchouc et vêtement usage unique avant toute intervention.
| Période | Espèce | Action recommandée |
|---|---|---|
| Septembre à novembre | Pin | Traitement biologique au BtK |
| Décembre à février | Pin | Échenillage mécanique des nids |
| Avril à mai | Chêne / Pin | BtK sur chêne + pièges à collier sur pin |
| Mai à juillet | Chêne | Brûlage ou aspiration des nids |
| Juin à août | Pin + Chêne | Pièges à phéromones (préventif saison suivante) |
Pin ou chêne : comment identifier votre espèce avant d’agir ?
Avant toute chose, regardez l’arbre. La processionnaire du pin construit ses nids dans la couronne, sous forme de cocons blancs soyeux bien visibles depuis le sol, orientés côté sud pour capter la chaleur. La processionnaire du chêne, elle, plaque ses nids sur le tronc ou sous les branches charpentières, souvent à hauteur d’homme ou légèrement au-dessus.
Le comportement diffère aussi radicalement. Sur un pin, les chenilles descendent au sol en file indienne pour s’enfouir et se nymphoser, entre janvier et mai selon la région. C’est cette procession au sol qui représente le danger immédiat pour les chiens et les enfants. Sur un chêne, les chenilles ne descendent pratiquement jamais au sol : le risque est concentré autour du tronc et sous la canopée, où les poils se dispersent dans l’air lors des phases urticantes de mai à juillet.
Les cycles sont décalés de plusieurs mois. Ce qui est la bonne période d’intervention sur un pin correspond souvent à une période creuse sur un chêne, et vice versa. Confondre les deux espèces revient à intervenir à contretemps.
Quelle période pour détruire le nid selon l’espèce et la méthode ?
Chaque méthode de destruction a une fenêtre d’efficacité précise, liée au stade de développement des chenilles. Un traitement appliqué hors période donne des résultats nuls, voire contre-productifs si l’intervention provoque la dispersion des poils avant leur collecte.
Automne (sept.–nov.) : traiter les jeunes colonies sur pin au BtK

C’est la meilleure fenêtre pour un traitement au Bacillus thuringiensis kurstaki (BtK) sur pin. À ce stade, les jeunes chenilles sont aux premiers stades larvaires (L1 à L3) : elles se nourrissent activement des aiguilles et ingèrent le produit biologique, qui agit spécifiquement sur les lépidoptères sans affecter les autres espèces. Les colonies sont encore peu urticantes, ce qui limite le risque lors de l’intervention.
Le BtK est réservé aux applicateurs agréés, car sa mise en oeuvre nécessite un matériel de pulvérisation professionnel pour atteindre la couronne des arbres. Seuls 3 % des arbres traités par un professionnel nécessitent un second passage, ce qui témoigne de l’efficacité du traitement lorsqu’il est réalisé au bon moment. Attendre décembre rend le produit inefficace : les chenilles trop développées ne réagissent plus à la bactérie.
Hiver (déc.–fév.) : échenillage mécanique des nids de pin
Les nids sont à leur taille maximale, bien visibles dans la couronne dénudée. C’est la période idéale pour un échenillage mécanique, c’est-à-dire la destruction physique des nids par découpe ou arrachage. Trois techniques sont utilisées selon la configuration :
- La perche télescopique en carbone équipée d’un échenilloir, qui permet d’atteindre des nids jusqu’à plus de 20 mètres
- Le grimpeur arboriste, pour les arbres très hauts ou à la couronne dense
- La nacelle élévatrice, lorsque le terrain le permet
Les chenilles sont déjà urticantes à ce stade. Le nid doit être coupé et conditionné (sac hermétique) avant toute manipulation, puis incinéré. Pour aller plus loin sur les méthodes d’élimination directe, consultez notre article sur les techniques pour agir sur les chenilles au sol.
Printemps (avr.–mai) : BtK sur chêne et pièges à collier sur pin
Sur chêne, le printemps correspond à l’éclosion des oeufs au moment de la mise en feuilles. Les jeunes larves commencent à se nourrir et restent sensibles au BtK pendant quelques semaines seulement. C’est la seule fenêtre biologique efficace pour cette espèce.
Sur pin, les chenilles entament leurs processions de descente vers le sol. Les pièges à collier (ou écopièges) installés autour du tronc interceptent les cortèges avant qu’ils n’atteignent la pelouse ou les zones de passage. Ils ne remplacent pas la destruction du nid, mais protègent efficacement chiens et enfants pendant cette phase à risque. Le pic de processions se situe entre février et avril dans la plupart des régions, avec des variations notables : le Sud voit les premières descentes dès janvier, le Nord et l’Île-de-France plutôt en mars-avril.
Fin printemps / été (mai–juil.) : destruction des nids de chêne
Sur chêne, cette période représente le moment de charge urticante maximale. Les chenilles sont pleinement développées, les nids bien visibles sur l’écorce, et les poils se dispersent dans l’air à la moindre perturbation. Deux méthodes sont envisageables :
- Par brûlage : humidifier l’arbre avant l’intervention (ou intervenir après une averse), brûler à distance avec un chalumeau à longue tige, puis racler l’écorce avec un grattoir pour décoller les résidus
- Ne jamais brûler par temps sec et venteux
- Les poils ne sont pas détruits par le feu si la combustion est incomplète
- Par aspiration : aspirateur industriel équipé de filtres haute efficacité, adapté aux zones sensibles (aires de jeux, parkings sous chênes)
Contrairement au pin, la nymphose du chêne se fait sur l’arbre et non dans le sol. Retirer le nid reste indispensable pour éviter la dispersion des coques et des poils résiduels qui restent dangereux plusieurs années. Pour choisir le bon produit selon votre situation, vous pouvez consulter notre guide sur les produits efficaces contre les chenilles processionnaires.
Comment intervenir sans disperser les poils urticants ?
Les poils des chenilles processionnaires contiennent la thaumétopoéïne, une toxine microscopique projetée activement à la moindre menace. Le contact n’est pas nécessaire pour déclencher une réaction : les poils en suspension dans l’air suffisent à provoquer des lésions cutanées, des irritations respiratoires ou des conjonctivites. Chez les chiens, l’ingestion de poils entraîne un gonflement rapide de la langue pouvant évoluer vers une nécrose si la prise en charge vétérinaire tarde.
L’équipement minimum avant toute intervention comprend :
- Un masque facial complet (ou lunettes hermétiques couplées à un masque anti-poussière)
- Des gants en caoutchouc, à passer par-dessus les manches et à fixer avec du ruban adhésif
- Un vêtement à usage unique, toutes ouvertures fermées hermétiquement
- Des bottes en caoutchouc, avec le bas du pantalon glissé à l’extérieur
Le geste souvent négligé : rincer les vêtements de protection abondamment à l’eau avant de les retirer, pas après. Les poils se fixent dans les fibres et peuvent se libérer lors du déshabillage si cette précaution est omise. Un nid vide conserve des millions de poils résiduels encore actifs pendant 2 à 3 ans. Le retirer reste donc une priorité, même si les chenilles sont parties depuis des semaines.
Faut-il appeler un professionnel pour détruire un nid ?
Plusieurs situations justifient de ne pas intervenir seul. Si le nid est situé à plus de 4 à 5 mètres de hauteur, si plusieurs arbres sont infestés, ou si vous n’avez pas accès à l’équipement de protection complet, déléguer à un professionnel est la décision raisonnable.
Un technicien agréé dispose du matériel adapté (nacelle, perche carbone, aspirateur filtrant industriel) et des produits phytosanitaires réservés aux applicateurs certifiés, dont le BtK en application forestière. Il assure également un suivi post-intervention et peut identifier d’éventuelles colonies secondaires non visibles depuis le sol.
Les interlocuteurs possibles selon votre situation :
- Une entreprise spécialisée en destruction de nuisibles pour les jardins et terrains privés
- Un élagueur professionnel pour les interventions en hauteur sur grands arbres
- La mairie ou la communauté de communes pour les espaces publics (voirie, parcs municipaux)
Le propriétaire a-t-il une obligation légale d’intervenir ?
Depuis le décret du 27 avril 2022, les chenilles processionnaires du pin et du chêne sont officiellement classées comme nuisibles pour la santé humaine. Ce classement s’inscrit dans un dispositif de lutte collective de santé publique, ce qui implique que le propriétaire d’un terrain infesté est directement concerné par cette réglementation.
En pratique, cela signifie qu’une inaction délibérée peut engager votre responsabilité, notamment si des tiers (voisins, passants, animaux) subissent un préjudice lié à une infestation non traitée sur votre propriété. Les collectivités locales peuvent intervenir sur les espaces publics et, dans certains cas, mettre en demeure les propriétaires privés d’agir. En cas de doute sur vos obligations précises, rapprochez-vous de votre mairie.


